Comment des associations financées à plus de 97 % par l’argent public ont construit une industrie de la peur autour du vapotage en achetant l’audience de millions de jeunes Français tout en prétextant représenter l’opinion publique.
Avertissement préalable
Je défends la pratique du vapotage. Et je l’assume pleinement : j’en vis. Je suis co-fondateur de VDLV, fabricant français d’e-liquides, et d’Ingésciences, laboratoire spécialisé dans la vaporisation, secrétaire général de la FIVAPE depuis 2014, et président de la commission AFNOR sur les produits du vapotage. Mon intérêt dans ce débat est réel, identifiable, et parfaitement public. Je ne me cache pas derrière une posture de neutralité que je n’ai pas.
Mais être acteur d’une filière indépendante n’interdit pas l’analyse rigoureuse. Et être entrepreneur n’interdit pas d’être éthique. J’ai toujours conduit mon activité dans le respect des normes les plus exigeantes — les normes que j’ai moi-même contribué à construire. Ce que je défends ici, dans cet article, c’est la cohérence scientifique d’un débat public qui en est cruellement dépourvu.
Car les données sont là. Celles que nous avons produites au sein d’Ingésciences, celles que l’ANSES a retenues dans son rapport de février 2026 — après avoir auditionné notre laboratoire, seule société privée à l’avoir été — démontrent que la vape est l’outil de réduction des risques tabagiques le plus efficace dont nous disposons. Des millions de fumeurs français ont arrêté de fumer grâce à elle. C’est un fait vérifiable. Il n’est pas contestable sérieusement.
Ce que je conteste, en revanche, c’est le silence de la presse sur ce qui se passe vraiment. Non pas un débat scientifique — il est largement tranché. Mais un système de financement public, de fabrication du discours et d’achat de l’opinion qui mérite d’être nommé. Les journalistes qui traitent ce sujet reprennent des éléments de langage fournis par des associations financées à plus de 97 % par l’État, sans jamais regarder qui finance quoi, et dans quel intérêt.
Ce texte est la suite logique du livre La Face Cachée des Antivapes, (livre qui ne me rapporte rien) que j’ai co-écrit pour nommer ce que les médias refusent de nommer. Il s’appuie sur des données publiques, des documents officiels, des faits vérifiables par quiconque prend la peine de chercher. Je ne demande pas qu’on me croie sur parole. J’aspire à ce que l’on regarde les chiffres.
Un feu « contre » : Changement de nom, même mécanique
« L’Alliance contre le tabac » s’appelle désormais CONTRE-FEU. Changement de nom, même mécanique : pour exister, il lui faut un ennemi permanent.
Pendant des années, l’ennemi était simple : la cigarette. Aujourd’hui, alors que le tabagisme recule concrètement et que des millions de fumeurs trouvent une alternative avec la vape indépendante, il faut ouvrir un nouveau front. La solution est toute trouvée : dire que tabac et vape, c’est exactement la même chose — et frapper tout ce qui contient de la nicotine, sans nuance.
Dans son rapport 2024, ACT/CONTRE FEU se présente comme un « contre-lobby » qui dénormalise « les produits du tabac et de la nicotine » et prétend être « la voix de référence » pour protéger les générations futures. Sur le papier, qui pourrait être contre ?
Mais quand on regarde les chiffres et les positions réelles, l’histoire est moins vertueuse.
Les finances : un lobby public qui finance du lobbying
En 2024, ACT/CONTRE FEU encaisse plus de 3,4 millions d’euros de produits, dont 97,1 % proviennent directement de l’État : Direction générale de la Santé et Fonds de lutte contre les addictions. Les cotisations de ses membres représentent 1,7 % de ses revenus. Les dons du grand public, 0,7 %. On est très loin d’un mouvement citoyen spontané : c’est un lobby financé par l’argent public pour conseiller le pouvoir public.
Côté dépenses, près de 80 % du budget part en « achats de matériels et prestations diverses » : campagnes de communication, études, colloques, opérations avec Buzzman, Loopsider ou L’Équipe. À peine 17 % sert à payer les salaires de l’équipe, et moins de 3 % va en aides financières à d’autres associations. ACT/CONTRE FEU, concrètement, c’est surtout une machine de communication et de plaidoyer — pas une structure qui accompagne les fumeurs sur le terrain.
Ce que l’on sait moins : CONTRE-FEU et le CNCT (Comité National Contre le Tabagisme) partagent la même adresse — 13 rue d’Uzès, 75002 Paris — et les mêmes membres. Deux enseignes, un seul appareil. Une stratégie de multiplication des voix pour donner l’illusion d’un consensus civil large.
La DNF (Demain Sera Non-Fumeur) gravite dans le même écosystème, ses publications étant hébergées sur le site Génération Sans Tabac, géré conjointement par CNCT et DNF. Un vrai petit village…
La stratégie : le glissement sémantique « Vape = Tabac »
Tout le rapport 2024 repose sur un glissement sémantique très simple : on ne parle plus seulement de « produits du tabac », mais systématiquement de « produits du tabac et de la nicotine ». Tabac chauffé, snus, sachets, billes, puffs, vapes, peu importe : tout est rangé dans la même boîte, celle de l’« addiction » et des « profits des cigarettiers ».
On ne trouve quasiment jamais les mots « réduction des risques », cela ne fait partie de leur logiciel, jamais de réflexion sérieuse sur la situation des fumeurs adultes, jamais la moindre distinction entre la vape industrielle des cigarettiers et la vape indépendante développée par des PME françaises. Pourtant, selon Xerfi, 85 % du marché français du vapotage est détenu par des acteurs totalement indépendants de l’industrie du tabac. Une réalité que CONTRE-FEU passe systématiquement sous silence.
Quand ACT fait réaliser des enquêtes chez les 13-16 ans, la vape est présentée uniquement sous l’angle de la peur : exposition, accessibilité, marketing. Quand ACT publie des articles scientifiques, c’est pour expliquer que même une baisse des toxiques du tabac chauffé ne peut pas être assimilée à une réduction des risques — sans jamais, en miroir, éclairer le rôle que la vape peut jouer dans l’arrêt du tabac pour les fumeurs déjà dépendants.
L’armée d’influenceurs : acheter l’opinion (des jeunes) avec l’argent public
La mécanique ne s’arrête pas aux rapports et aux colloques. Depuis 2020, cet écosystème a développé une stratégie d’influence digitale d’une ampleur inédite — financée par les cotisations sociales des Français, via la CNAM et le Fonds de lutte contre les addictions.
La DNF a lancé la campagne « Rentre dans le Game », présentée comme une initiative de prévention antitabac. En réalité, une partie significative des contenus produits dans ce cadre amalgament explicitement vape et tabac — reprenant mot pour mot les éléments de langage de l’association : « L’industrie du tabac mise sur de nouveaux produits — tabac chauffé, cigarettes électroniques — pour maintenir son influence ». Les influenceurs recrutés touchent des millions d’abonnés, majoritairement des 13-25 ans.
La publication d’Hugo Décrypte en partenariat avec CONTRE FEU en mai 2026 — 85 600 likes sur Instagram, diffusée simultanément sur Facebook et TikTok — résume à elle seule la mécanique : de l’argent public, versé à une association qui finance un influenceur suivi par des millions de jeunes, pour diffuser des éléments de langage présentant la vape comme un danger sanitaire et psychique « encore sous-estimé ».
Ce qui est particulièrement frappant, c’est le mécanisme de retournement : lorsque des vapoteurs ou des professionnels du secteur répondent à ces contenus pour corriger des inexactitudes scientifiques, CONTRE FEU présente ces réactions comme la preuve d’un « harcèlement organisé par les lobbys de la vape ». Ce narratif de victimisation justifie de nouvelles subventions, de nouveaux rapports, de nouveaux influenceurs. La machine se nourrit elle-même.
Des influenceurs de bonne foi dans un système de mauvaise foi ?
La question mérite d’être posée sans détour : Hugo Décrypte, Dr Nozman, Poisson Fécond, Clément Viktorovitch et les autres ont-ils conscience d’être les rouages d’une mécanique qui dépasse largement leur bonne volonté ? Rien ne permet de douter de leur sincérité. Ils croient probablement, de bonne foi, contribuer à protéger des jeunes contre une addiction.
C’est précisément ce qui rend le système si efficace — et si redoutable. CONTRE FEU, le CNCT et la DNF ne recrutent pas des complicités cyniques. Ils recrutent des convictions.
Quelques exemples de contenus sponsorisés :
- Clément Viktorovitch : L’industrie du tabac s’adapte (et c’est terrifiant) – Avec Contre-Feu
- Hugo décrypte : Avec Contre-Feu
Ils fournissent à des créateurs de contenu influents et respectés un récit simple, émotionnellement fort, visuellement exploitable : la vape, c’est l’industrie du tabac qui se réinvente pour piéger vos enfants. Ce récit est partiellement vrai pour les marques des cigarettiers — et massivement faux pour les 85 % du marché français qui sont des PME indépendantes, sans lien avec le tabac. Mais cette nuance ne passe pas dans une vidéo de 90 secondes sur TikTok.
Elle ne passe pas non plus dans les briefs que ces associations transmettent à leurs partenaires créateurs. L’influenceur reçoit les éléments de langage, produit le contenu, encaisse la rémunération — financée par la CNAM ou le Fonds de lutte contre les addictions — et repart convaincu d’avoir fait une bonne action.
Le dindon de la farce n’est pas seulement l’influenceur. C’est aussi le fumeur adulte qui, découragé par ces messages, renonce à essayer la vape et continue à brûler du tabac. Et c’est le contribuable, dont les cotisations sociales financent, à son insu, la confusion organisée entre deux réalités radicalement différentes.
« Ni le CNCT, ni CONTRE FEU, ni la DNF ne sont des sociétés savantes, des agences de santé, ni des structures d’accompagnement des fumeurs. Ce sont des machines de communication. Et leurs munitions sont payées par le contribuable. »
Buralistes, cigarettiers : l’angle mort révélateur
ACT dénonce avec vigueur « l’influence et les revenus des buralistes », ces relais de l’industrie du tabac qui toucheraient 2 milliards d’euros de profits en 2023 et auraient reçu 4,4 milliards de subventions publiques en vingt ans. ACT les accuse de freiner les politiques de santé publique, demande plus de sanctions pour les ventes aux mineurs et la fin des aides publiques. Très bien.
Mais quelles solutions propose ACT pour organiser, en face, une offre de réduction des risques crédible, portée par des acteurs indépendants de l’industrie du tabac ? Aucune. Dans son univers, la vape indépendante n’existe pas. Il n’y a que « les produits du tabac et de la nicotine », tous confondus, à taxer, interdire, dénormaliser. Et pour précision, une partie de l’argent des taxes sur le tabac financent donc ces associations… Moins de taxes = moins de subventions ? Bref, un chien qui se mord la queue…
En pratique, ce choix idéologique a un effet très simple : il affaiblit la vape indépendante, qui ne dispose ni des milliards de la grande industrie, ni des subventions publiques, ni des réseaux de buralistes. Il favorise les cigarettiers, et mécaniquement les gagnants des maladies du tabac, qui savent très bien jongler à Bruxelles entre cigarettes, tabac chauffé, sachets, vapes propriétaires, et lobbying, ou aussi sur questions encore plus sombres des frais de santé et retours économiques aux industries de la santé adjacents. Et il offre à ACT/CONTRE FEU un ennemi parfait à agiter devant les caméras.
ACT/CONTRE FEU revendique son rôle de fabricant de normes
L’association se félicite d’avoir organisé 69 rencontres avec des responsables politiques en 2024, d’avoir rédigé des amendements pour le PLFSS, d’avoir inspiré un paquet de cigarettes à 16 € d’ici 2027 et d’avoir convaincu des parlementaires de taxer les liquides de vape « sur le modèle belge ».
Elle applaudit l’interdiction des puffs, réclame l’interdiction de tous les produits nicotiniques à usage oral, demande le paquet neutre étendu à la vape et milite pour l’interdiction des cigarettes électroniques jetables. (Sachant que les années 2025/2026 se sont vues renforcées de ces subventions.)
Le tout, rappelons-le, avec un budget financé à plus de 97 % par le contribuable. C’est l’État qui finance le lobbying contre ses propres politiques de santé publique — en particulier contre la réduction des risques tabagiques, pourtant reconnue comme efficace par l’ANSES dans son rapport de février 2026.
Conclusion : A qui profite la « bataille » ?
On peut se demander si un système où des associations subventionnées à coups de millions d’euros d’argent public vivent de la multiplication des rapports, colloques et campagnes sur la « menace nicotine » est vraiment le plus efficace pour faire reculer le tabac. On peut aussi se demander si l’argent public ne serait pas mieux utilisé en soutenant des stratégies de réduction des risques fondées sur les preuves — incluant la vape indépendante — plutôt qu’en finançant des influenceurs qui touchent des millions de jeunes pour leur dire que vapoter, c’est comme fumer.
La vraie question n’est pas de savoir si ACT/CONTRE FEU est sincère dans sa haine du tabac. Elle est de savoir à qui profitent vraiment ses batailles : aux fumeurs qui cherchent une voie de sortie, ou aux appareils qui vivent de la guerre contre la nicotine — quitte à sacrifier au passage la seule filière française qui a réellement intérêt à voir les gens arrêter de fumer : la vape indépendante.
« En cherchant à détruire la vape, CONTRE-FEU obtient exactement ce qu’elle prétend combattre : le renforcement des industries du tabac et de la pharmacie, seules à avoir les moyens de résister à une régulation qu’elles financent elles-mêmes en sous-main. »



