Depuis l’été dernier, les rapports entre la vape et les pouvoirs publics américains se sont tendus. L’épidémie de maladies pulmonaires a en effet apporté de l’eau au moulin des « anti-vape ». Et même si les e-liquides vendus dans le circuit légal ont été officiellement blanchis, le secteur a payé cher cette crise. En témoigne la fermeture de centaines de boutiques spécialisées dans le pays.
Au commencement il y avait Juul et ses pods
Pour rappel, c’est le succès insolent de la Juul auprès des adolescents qui a valu à la vape l’hostilité des pouvoirs publics. Dans le viseur : les cartouches aromatisées vendues par la start-up californienne, accusée de rendre les jeunes Américains accros à la nicotine. Et même si plusieurs études ont démontré le contraire, les milliers de cas de maladie pulmonaire recensés cet été ont abouti à des mesures radicales. Six États ont ainsi interdit coup sur coup les e-liquides aromatisés, jugés comme la principale porte d’entrée vers le tabagisme. Une bataille judiciaire s’en est suivie, des vapes shops ayant fait appel, et l’interdiction a été suspendue dans plusieurs de ces États.
Pour autant, ces e-liquides continuaient de préoccuper le locataire de la Maison-Blanche. Le président Trump avait ainsi déclaré, en septembre dernier, qu’il ne pouvait pas « laisser les gens tomber malades, ni les enfants être si affectés ». Il avait donc demandé à la Food & Drug Administration (FDA) d’élaborer « un plan pour retirer du marché les e-cigarettes aromatisées », et ne laisser sur le marché que les saveurs tabac ou mentholées.
Trump suspend sa décision concernant la vape
Deux mois plus tard, la FDA s’apprête à rendre son verdict. Mais à la veille d’annoncer sa décision, le président Trump change soudainement de ton et décide de reporter son allocution. Pourquoi ce revirement ? La vape est devenue un enjeu politique aux États-Unis, alors que l’élection présidentielle de 2020 apparaît déjà en toile de fond. Brad Parscale, le directeur de campagne de Trump, aurait ainsi suggéré au président de se montrer plus ouvert au dialogue, pour éviter de froisser une partie de l’électorat. Des manifestations commençaient en effet à s’organiser dans le pays, autour du slogan « I vape, I vote ». Si cette campagne a été principalement financée par le Parti libertarien américain, elle s’appuie malgré tout sur des témoignages d’utilisateurs indépendants. La plupart d’entre eux rappellent que la vape est l’outil de sevrage tabagique le plus efficace, le seul ayant réellement réussi à leur faire arrêter la cigarette à long terme.
Une réunion historique avec les acteurs de la vape
Le 23 novembre marque ainsi un tournant historique. Pour la première fois, les acteurs de l’e-cigarette, les professionnels de la santé et les activistes anti-vape ont été écoutés par le président des États-Unis. Du côté des professionnels de la vape, ce sont le directeur général de la Vapor Technology Association (VTA), Tony Abboud, ainsi que le président de l’American Vaping Association (AVA), Gregory Conley, qui ont été invités à la Maison-Blanche. La VTA est une association américaine qui représente plus de 1 000 entreprises de petite et moyenne taille liées à l’e-cigarette. Quant à l’AVA, il s’agit d’une association qui vise à promouvoir la vape auprès de l’opinion publique.
Cette réunion « a permis au président et à d’autres membres officiels de l’administration d’écouter les arguments de nombreux acteurs, représentant toutes les parties du marché de l’e-cigarette, afin de développer une ligne de conduite susceptible de protéger la santé publique des Américains », indique un communiqué de la Maison-Blanche. La première heure du débat est diffusée sur le compte YouTube officiel de la présidence.
« J’ai plus d’espoir, et vous devriez en avoir aussi »
Les responsables de la VTA ont livré leur ressenti à l’issue de la réunion, qui a duré plusieurs heures. « Aujourd’hui, l’histoire a été écrite. L’industrie de la vape avait enfin une place à la table. Et pas à n’importe quelle table. Celle du Président », commentent les membres de l’association. Il semble comprendre qu’une interdiction totale n’est pas une bonne idée […] Aujourd’hui, j’ai plus d’espoir, et vous devriez en avoir aussi. »
La Maison-Blanche n’a pas encore communiqué ses conclusions. Cependant, les professionnels de la vape auraient fait plusieurs recommandations, comme celle de limiter la vente d’e-cigarettes aux plus de 21 ans. Dans tous les cas, la décision finale du président Trump pourrait avoir des conséquences bien au-delà du seul territoire américain. On sait que certains autres pays, comme les Philippines par exemple, s’appuient notamment sur les décisions de la FDA pour justifier leurs choix en matière de législation du vapotage.