Suite au retrait de Benjamin Griveaux, Agnès Buzyn a été nommée tête de liste LREM pour les élections municipales à Paris. L’ancienne ministre des Solidarités et de la Santé n’a pas particulièrement soutenu le déploiement de la vape en France, même si son discours s’est peu à peu infléchi. En septembre dernier, en pleine crise sanitaire américaine, Agnès Buzyn avait ainsi déclaré que « le vapotage est un outil utile pour l’arrêt du tabac ». Pour autant, elle ne lui a jamais imputé les bons résultats en matière de lutte antitabac en France.
Olivier Véran, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé
C’est Olivier Véran, neurologue au CHU de Grenoble et député de la 1re circonscription de l’Isère pour LREM, qui devient le nouveau ministre des Solidarités et de la Santé. Interrogé par le Journal du dimanche le 20 septembre 2019, il était l’un des premiers resposnables politiques à défendre ouvertement l’e-cigarette. « Sur ce sujet, on mélange tout, expliquait-il, les récents décès à la suite de maladies pulmonaires aux États-Unis ne sont pas liés au vapotage d’e-liquides à base de nicotine, mais à base d’huile de THC. Et vapoter de l’huile, c’est très bête car le poumon a horreur de l’huile. C’est donc un mésusage des cigarettes électroniques qui entraîne les risques sanitaires vus aux États-Unis. En France, le vapotage est mieux encadré et sécurisé ». Une volonté de rétablir la vérité, très vite, que l’on n’a pas observée chez tous les acteurs de la scène politique.
« Je prédis qu’à terme, le vapotage sera considéré comme un outil de sevrage »
Plus intéressant encore, les propos d’Olivier Véran sur le rôle des autorités sanitaires prennent tout leur sens désormais. « Je regarde ce qui se fait ailleurs. On parle beaucoup des pays qui interdisent le vapotage, mais au Royaume-Uni, sous l’impulsion des autorités sanitaires, il a été promu comme un outil de sevrage. C’est pour ça que j’estime qu’interdire le vapotage n’aurait aucun sens. »
Toujours en septembre dernier, Olivier Véran s’érigeait contre le discours des autorités internationales. « J’avais été ému par la décision récente de l’OMS qui a qualifié le vapotage de toxique, indique-t-il. Dans son rapport, l’organisation assure qu’on ne peut pas recommander le vapotage comme un outil de sevrage, tout en précisant que son jugement ne se fonde pas sur des données scientifiques, mais sur un seul principe de précaution ! Comment a-t-on pu évacuer les médecins, les scientifiques de ce débat ? […] Je prédis qu’à terme, le vapotage sera considéré comme un outil de sevrage du tabac et ira de pair avec un remboursement. »
Une lueur d’espoir pour les vapoteurs de France ?
Peut-on voir dans sa nomination au ministère des Solidarités et de la Santé une lueur d’espoir pour tous les vapoteurs de France ? Pour autant, inutile de se leurrer : Olivier Véran risque de se heurter à bien des obstacles, à commencer par le poids des décisions de l’OMS et de la Commission européenne.
La carrière politique d’Olivier Véran a toutefois été marquée par un certain pragmatisme. Il a notamment été à l’origine du paquet de tabac neutre, il a pris position en faveur de l’ouverture expérimentale d’un site d’injection supervisée (les « salles de shoot »), il a milité pour la fin de la discrimination des homosexuels du don du sang ou encore en faveur du cannabis thérapeutique. Il y a donc lieu de bonnes raisons d’espérer.