La rédaction d’e-Cig mag a rencontré Anasthassia STOGONENKO pour nous parler de son métier d’aromaticienne junior pour LaboSense :
Parlez-moi de votre travail, un aromaticien de la VAPE, c’est quoi ? En quoi consiste son métier ?
Mon rôle est d’imaginer, de tester et de perfectionner des mélanges pour offrir aux vapoteurs des expériences gustatives captivantes. La création d’un arôme est un processus artistique autant que scientifique, demandant précision et créativité pour équilibrer chaque composant et obtenir le goût parfait.
L’aromaticien sait reproduire le goût d’un aliment en créant un ingrédient que l’on appelle « arôme », comme celui d’une pêche ou d’un hibiscus, à l’aide de sa palette de matières premières aromatiques, que ce soit une huile essentielle ou bien une molécule isolée. Il sélectionne les matières premières nécessaires à sa création selon 4 critères spécifiques : la non-toxicité de la substance à la chauffe, le profil (fruité, floral, grillé…), la puissance (faible, moyenne, forte) et la volatilité (identifiée grâce à un outil appelé la pyramide olfactive).
L’aromaticien est donc responsable du cœur aromatique ?
Oui, il va être déterminant pour son appréciation puisque l’arôme n’est pas ajouté à une denrée ayant naturellement un goût, l’arôme doit se suffire à lui-même. Chez Laboratoire Sense, nous avons la particularité d’être des fabricants de e-liquides et non pas des assembleurs, ainsi chacun de nos produits est une création unique et exclusive.
Pourquoi avez-vous voulu devenir aromaticienne ?
Depuis très jeune, je passais mon temps dans la cuisine et j’embêtais ma mère avec mes nombreuses questions : « quelle épice as-tu utilisé ? » « comment tu as fait pour qu’il y ait ce goût ? », « tu pourras me donner la recette ? », ce à quoi elle me répondait « j’ai fait à l’œil » et ça me frustrait au plus haut point parce que je savais pertinemment que je ne pourrais jamais refaire pareil. Je lui dois entièrement mon amour pour le monde culinaire et plus particulièrement de la pâtisserie, à tel point que j’avais d’ailleurs hésité à en faire mon métier.
Comment se sont passées les études ?
Quand j’étais au lycée, là où l’on commence vraiment à s’intéresser à sa future orientation, j’ai entendu parler de l’école ISIPCA (Institut Supérieur International du Parfum, de la Cosmétique et des Arômes alimentaires) grâce à mon père, travaillant dans le domaine de la parfumerie. Je pense qu’il voulait secrètement me pousser à devenir parfumeur, mais j’ai voulu me renseigner sur le métier d’aromaticienne qui m’intriguait tant.
En ayant eu l’opportunité d’interviewer une parfumeuse et une aromaticienne, j’ai compris que c’était vers ce genre de métier que je voudrais me diriger pour satisfaire ma curiosité olfactive et gustative.
Le coup de cœur pour ce métier !
Oui ! car cela collait parfaitement avec ma gourmandise. Quand je suis rentrée à l’ISIPCA en 2018, j’ai senti (sans mauvais jeux de mots) que j’avais fait le bon choix car j’étais totalement comblée dans mes études, pour la première fois. A la fin de la première année du master, j’ai eu la chance d’avoir fait mon stage dans le laboratoire « Beverages Benelux-Nordics » chez Givaudan aux Pays-Bas et cette première expérience au sein du monde aromatique a complétement consolidé mon envie de poursuivre dans cette voix. Je pense que je ne remercierai jamais assez toutes les personnes qui m’ont poussées dans cette envie.
Quelles sont les qualités d’un bon aromaticien ?
À mon avis, un aromaticien doit posséder plusieurs qualités essentielles. Tout d’abord, la primordiale : une connaissance approfondie des matières premières à sa disposition. Il doit apprécier le travail en laboratoire et maîtriser les réglementations liées à la création des arômes. La capacité à évaluer les produits sur le plan organoleptique est également indispensable. La créativité et la curiosité pour le monde culinaire et pâtissier sont des atouts majeurs, tout comme un goût prononcé pour la gourmandise. Dans le domaine de la vape, il est crucial de respecter les normes strictes et le cahier des charges toxicologique.
Quel est le processus de création d’un nouveau liquide ?
L’élaboration d’un nouveau liquide se déroule en plusieurs étapes précises. Tout d’abord, il y a la phase de recherche et de développement où nous explorons les tendances du marché y compris en dehors de l’univers de la vape et les demandes des vapoteurs.
Le travail de la formulation d’un e-liquide se fait en plusieurs étapes, mais au préalable, nous faisons rentrer les matières premières, d’abord la création de la base aromatique et ensuite son application dans la base PG/VG. Durant cette étape de développement, nous dégustons dans les conditions, c’est-à-dire en vapant, jusqu’à être satisfait sur le profil organoleptique de l’e-liquide.
Travaillez-vous avec d’autres services ?
Nous travaillons main dans la main avec l’équipe marketing pour les dégustations, afin d’apporter les éventuels ajustements, mais aussi avec notre service réglementaire qui nous assure la conformité de la formule finale, en passant en revue les différentes matières premières utilisées et leurs dosages, en fonction des réglementations en vigueur pour la partie aromatique ainsi qu’aux normes applicables à la vape et au cahier des charges toxicologique interne.
Nous définissons par la suite les critères physico-chimiques de la formule sélectionnée, qui font office de la carte d’identité du produit. Ces informations vont permettre au service contrôle-qualité de s’assurer de la conformité des futures fabrications de l’e-liquide.
Et ensuite…
Des tests sur les émissions sont réalisés pour s’assurer de leur conformité, préalable à la notification des produits. Le service qualité intervient pour établir les documents relatifs à la sécurité servant de base à l’étiquetage du produit. Une fois que toutes les étapes du processus sont complétées et que chaque critère de validation est rempli, nous lançons la mise en production de la nouvelle gamme.
En conclusion, la création d’un nouveau liquide est un processus méticuleux et collaboratif, où chaque étape est cruciale pour garantir que le produit final est sûr, conforme et répond aux attentes des vapoteurs.
Vous créez des produits en fonction de vos découvertes/créations ou selon un plan marketing imposé ?
Nous adoptons une approche collaborative. Pour nos développements, nous nous inspirons de la demande du marché, des tendances actuelles mais bien évidemment également en fonction de nos inspirations. Notre entreprise s’engage à suivre une éthique commune, partagée par l’ensemble de nos collaborateurs. Nous avons la chance de travailler en collaboration avec une équipe marketing qui nous laisse de la place pour notre créativité et ainsi être force de proposition. C’est d’ailleurs de cette façon qu’est née notre gamme « VappyHour » : c’était une idée qui nous trottait dans la tête, faire une gamme de cocktails rafraichissants qui représentent les festivités estivales !
Comment se passent les étapes de l’élaboration d’un nouvel arôme ?
Pour la création du cœur aromatique d’un e-liquide, le Laboratoire Sense a défini dans son cahier des charges interne d’exclure tout ajout d’édulcorant, de colorant, d’extrait de tabac ainsi que d’additif superflu. Chaque gamme possède une identité bien distincte dans laquelle nous explorons des univers aromatiques uniques, par exemple pour notre gamme d’e-liquide Laboratoire Sense, nous avons à cœur de reproduire la saveur du naturel. Nous utilisons strictement des matières premières de qualité, bien évidemment volatiles et non toxiques. Aussi, nous avons fait le choix de nous orienter vers une formulation en adéquation avec notre éthique.
L’aromaticien crée sa formule qui va être ensuite pesée, puis appliquée dans la base végétale du e-liquide. Après cela il fait son évaluation : c’est à ce moment qu’il fait tous les commentaires pour voir les améliorations qu’il peut apporter. Plusieurs essais en répétant les étapes précédentes vont être fait avant de trouver le bon équilibre entre toutes les matières premières avant de proposer une version aboutie.
L’équilibre des arômes dans un e-liquide est crucial, car il va donc jouer un rôle clé sur l’appréciation du produit. La possibilité de créer nos propres arômes concentrés pour e-liquides nous offre l’avantage de raccourcir significativement la phase de step, ce qui nous permet d’évaluer rapidement et de manière précise le goût final tel qu’il sera perçu par le vapoteur.
Élaborer de nouveaux e-liquides demande un savoir-faire pointu en chimie en vue de maintenir l’équilibre entre les différentes molécules de la formule. On entend beaucoup cette notion d’équilibre. De quoi il s’agit ?
La connaissance en chimie joue un rôle crucial pour assurer la qualité organoleptique des produits, de la fin de la phase de step jusqu’à la date de durabilité minimale (DDM). L’équilibre sensoriel est essentiel dans ce contexte. Par exemple, j’ai mentionné précédemment la pyramide olfactive, et je vais maintenant vous en donner une explication détaillée.
Lorsque vous vapez un e-liquide, au tout début de votre dégustation vous allez avoir des notes qui disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent : c’est ce qu’on appelle les notes de tête (souvent il s’agit des notes fruitées, vertes…). En poursuivant, d’autres notes persistent quelques temps après un temps de relargage : ce sont les notes de cœur. Puis quand vous aurez fini d’utiliser votre cigarette électronique, les notes qui vous resteront en bouche sont les notes de fond : en général, ce sont plutôt des notes gourmandes.
Pour faire un arôme fraise pour e-liquide, cette pyramide nous donne donc l’indication des matières premières à utiliser. Le tout est de trouver l’équilibre harmonieux entre les matières premières de chaque pôle et ensuite d’équilibrer les 3 pôles entre eux : si je vous fais un arôme fraise très gourmand caramel vous allez peut-être l’apprécier, mais il ne sera pas assez reconnaissable pour le fruit.
Peut-on parler d’innovation dans votre domaine ? Pas seulement en termes d’arôme mais aussi par rapport aux outils que vous utilisez pour les créer ? (IA/Machines)
Absolument, l’innovation est au cœur de notre domaine. Nous utilisons des équipements de pointe pour la création et l’analyse des arômes. Par exemple, nous avons contribué à l’élaboration de la norme AFNOR et possédons un brevet pour le RVAPE9, un outil de mesure des émissions de vape. Bien que nous n’utilisions pas encore l’IA dans nos processus, nous sommes ouverts aux évolutions technologiques futures.
À ce jour, notre expertise se base sur des perceptions sensorielles et les outils analytiques ne remplacent pas encore aujourd’hui l’activité humaine. Le nez ou la langue électronique ne permet pas de remplacer l’appréciation sensorielle des aromaticiennes. L’IA n’a pas encore bouleversé cette activité, cependant, nous continuons à surveiller les avancées technologiques et restons prêts à les intégrer si elles peuvent améliorer notre travail.
Votre arôme / odeur préféré ?
Mon odeur préférée est celle du cookie, et ce depuis l’enfance. La saveur « Captain Cookie » m’évoque un voyage gourmand et me plonge dans la nostalgie d’un biscuit fraîchement sorti du four, avec ses notes riches de chocolat et de vanille, parfaitement équilibrées pour une expérience gustative incomparable. Pour moi, les arômes de chocolat et de vanille, et l’odeur de biscuit, évoquent l’essence même de la gourmandise dans chaque vapeur.