De 1963 à 2026, quarante dates pour comprendre comment le brevet oublié d’un ferrailleur américain est devenu une filière mondiale, un outil de sevrage et un sujet de bataille politique permanent.
Il existe une façon rapide de raconter la vape : une invention chinoise en 2003, un boom en 2013, des puffs, des interdictions. L’histoire est plus longue, plus sinueuse et plus intéressante. Elle commence en 1963 dans un atelier de Pennsylvanie, avec un brevet que personne ne veut produire, et reprend quarante ans plus tard à Shenyang, où un pharmacien qui vient de perdre son père imagine le dispositif que le monde entier va copier. Entre les deux, rien. Après, tout : les usines de Shenzhen, les forums de pionniers, la batterie eGo, un grenier à Cherbourg, un hangar sur les quais de Bordeaux.
Cette frise retrace ces jalons, de la préhistoire du produit à la révision annoncée de la TPD. Nous avons retenu 40 dates, réparties en cinq périodes. Certaines sont techniques (le cartomiseur, les sels de nicotine), d’autres commerciales, quelques-unes nous concernent directement, et beaucoup sont réglementaires. Ce n’est pas un hasard : depuis le premier communiqué de l’OMS en 2008, la vape a passé plus de temps devant les régulateurs que dans les laboratoires.
Une histoire qui bégaie
À la relecture, un motif se dégage. Chaque avancée appelle sa réaction : l’arrêt Sottera répond au blocage de la FDA, la TPD au boom de 2013, l’interdiction des puffs à leur déferlement. Et chaque génération de vapoteurs redécouvre les mêmes débats : médicament, produit du tabac ou autre chose ? Le « 95 % moins nocif » de 2015 cohabite encore, dans l’opinion, avec l’EVALI de 2019, et la position officielle française s’est inversée deux fois en dix ans.
La filière française occupe dans ce récit une place à part. Née hors du tabac et de la pharmacie, elle a écrit la première norme au monde, organisé ses usagers et ses professionnels dès 2013, et prouvé en 2025, face à l’article 23, qu’elle savait se faire entendre. Vingt ans après l’arrivée de la e-cigarette en Europe, la prochaine bataille se joue à Bruxelles. Cette frise s’arrête donc là où elle a commencé : sur une question encore ouverte.
La préhistoire
17 avril 1963 — Herbert A. Gilbert dépose le premier brevet
Bien avant Hon Lik, un ferrailleur de Beaver Falls (Pennsylvanie), fumeur de deux paquets par jour, imagine la « smokeless non-tobacco cigarette ». Herbert A. Gilbert dépose le 17 avril 1963 un brevet pour un dispositif remplaçant la combustion du tabac par de l’air chauffé et aromatisé, délivré en août 1965 sous le numéro US 3,200,819. Faute d’industriel intéressé et face à une industrie du tabac alors toute-puissante, le « Smokeless » ne sera jamais commercialisé. Son brevet sera pourtant cité des centaines de fois, y compris par Hon Lik. Herbert A. Gilbert s’est éteint le 24 janvier 2023 à l’âge de 92 ans, ayant eu le temps de voir le succès de la e-cigarette et de donner des interviews pleines d’humour sur le sujet jusqu’en 2018.
2003 — Hon Lik invente la cigarette électronique moderne
À Shenyang, le pharmacien chinois Hon Lik, gros fumeur dont le père vient d’être emporté par un cancer du poumon, met au point un dispositif vaporisant une solution de nicotine diluée dans du propylène glycol, d’abord via un élément piézoélectrique à ultrasons. Il dépose en 2003 sa demande de brevet prioritaire en Chine, qui servira de base à ses brevets américains et européens. La cigarette électronique telle que nous la connaissons est née et, avec elle, une industrie mondiale.
L’ère des pionniers
2004 — Première commercialisation en Chine sous la marque Ruyan
La première cigarette électronique commerciale est fabriquée en 2004 à Shenyang et lancée sur le marché chinois. Pour l’occasion, l’employeur de Hon Lik, Golden Dragon Holdings, se rebaptise « Ruyan », littéralement « comme de la fumée ». Le produit, un cigalike vendu comme alternative au tabac dans un pays qui compte alors plus de 300 millions de fumeurs, rencontre un succès rapide. La Chine, et bientôt Shenzhen, s’installe d’emblée comme l’atelier mondial de la vape, une position jamais démentie depuis.
2006 — Deux frères britanniques inventent le cartomiseur
Alors que le Royaume-Uni s’apprête à interdire de fumer dans les lieux publics, Umer et Tariq « Taz » Sheikh, entrepreneurs de l’IT installés dans le Surrey, conçoivent avec une équipe d’ingénieurs en Chine le « cartomiseur » : cartouche et atomiseur réunis en un seul élément. Cette simplification décisive rend la cigarette électronique réellement utilisable au quotidien. Commercialisée à partir de 2007 sous leur marque Gamucci, l’invention accompagne les tout débuts de la vape en Occident.
2006-2007 — La cigarette électronique débarque en Europe et aux États-Unis
Après avoir fait ses preuves sur le marché chinois, l’e-cigarette s’exporte. Elle apparaît en Europe dès 2006, puis aux États-Unis autour de 2007, année où Ruyan obtient son brevet international. Vendue d’abord en ligne et dans quelques échoppes sous forme de cigalikes, elle reste un produit confidentiel, porté par des communautés de forums d’early adopters. Mais le mouvement est lancé : c’est le début d’un marché mondial qui se comptera bientôt en dizaines de milliards de dollars.
19 septembre 2008 — Première mise en garde officielle de l’OMS
Depuis Genève, l’Organisation mondiale de la Santé publie son premier communiqué consacré à la cigarette électronique : elle « ne la considère pas comme une thérapie légitime » d’aide à l’arrêt du tabac et somme les fabricants de retirer toute référence à l’OMS de leurs supports marketing. L’organisation n’écarte toutefois pas que le produit puisse être utile et réclame des études cliniques. Ce texte fondateur inaugure près de vingt ans de relations glaciales entre l’OMS et le vapotage.
2008 — Didier Martzel fonde Gaïatrend, pionnier du e-liquide français
À Rohrbach-lès-Bitche, en Moselle, l’ingénieur Didier Martzel crée la société Gaïatrend. L’histoire commence en 2005, quand il imagine un « substitut de cigarette » (brevet déposé en 2006) pour détourner ses deux fils du tabac, sans savoir que Hon Lik a déjà inventé le dispositif en Chine. Faute de pouvoir répondre à la question « qu’est-ce qu’on inhale ? », il décide de fabriquer lui-même ses liquides. En 2010 naît la marque Alfaliquid, avec 16 arômes produits dans 200 m² de locaux : le premier e-liquide fabriqué en France, dont le FR-M deviendra la référence numéro un du marché hexagonal.
Avril 2009 — La FDA bloque les importations aux États-Unis
Le 15 avril 2009, la Food and Drug Administration refuse l’entrée sur le territoire américain des cigarettes électroniques des sociétés Smoking Everywhere et Sottera (marque NJOY), qu’elle considère comme des combinaisons médicament-dispositif non approuvées, attaquent aussitôt l’agence en justice devant la cour fédérale du district de Columbia. Ce bras de fer judiciaire, fondateur pour le statut du produit outre-Atlantique, débouchera sur l’arrêt Sottera de 2010.
Octobre 2009 — Joyetech lance la batterie eGo
Fondé fin 2007 à Shenzhen, Joyetech commercialise en octobre 2009 la première batterie eGo : un format tubulaire fin, une autonomie de 650 mAh (puis 900 et 1 000 mAh) très supérieure aux cigalikes, et une simplicité d’usage inédite. Le succès est immédiat et le format devient un standard repris par toute l’industrie, tout comme le pas de vis 510, autre héritage de la marque. Déclinée en eGo-T (2010) puis eGo-C (2011), la gamme fera sortir du tabac des millions de fumeurs dans le monde.
Septembre 2010 — Deux Cherbourgeois lancent Le Petit Vapoteur dans un grenier
Olivier Dréan et Tanguy Gréard, deux amis anciens surveillants de collège, ouvrent lepetitvapoteur.com en septembre 2010 depuis le grenier d’une maison familiale de Cherbourg, où ils stockent matériel et liquides. Le succès est immédiat et la croissance ne s’arrêtera plus : première boutique à Cherbourg en 2014, production de e-liquides maison en 2016, plus de 100 magasins, 3 millions de clients et 550 salariés quinze ans plus tard. Le site devient le leader européen de la vente en ligne de vape et l’un des principaux symboles d’une filière française indépendante née en région.
7 décembre 2010 — Arrêt Sottera : l’e-cigarette n’est pas un médicament
La cour d’appel fédérale du circuit de Washington D.C. tranche le litige né du blocage des importations de 2009 : la cigarette électronique doit être régulée comme un produit du tabac au titre du Tobacco Control Act de 2009, et non comme un médicament, sauf si elle revendique une visée thérapeutique. La FDA renonce à se pourvoir devant la Cour suprême. Cette décision structure encore aujourd’hui tout le cadre réglementaire américain, jusqu’à la « deeming rule » de 2016.
La structuration
30 mai 2011 — L’Afssaps recommande de ne pas vapoter
À la veille de la Journée mondiale sans tabac, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé publie un communiqué au titre sans ambiguïté : elle « recommande de ne pas consommer de cigarette électronique ». L’agence invoque la toxicité de la nicotine, le risque de « dépendance primaire » et l’absence d’autorisation de mise sur le marché. Vivement contestée par les défenseurs de la réduction des risques, cette position restera longtemps la pierre angulaire du statut officiel de la vape en France.
Mai 2013 — Le rapport Dautzenberg pose les bases françaises
Commandé par la ministre de la Santé Marisol Touraine, le rapport de l’Office français de prévention du tabagisme, coordonné par le Pr Bertrand Dautzenberg, est remis en mai 2013. Ses 28 recommandations dessinent le futur cadre français : l’e-cigarette « peut rester disponible mais de manière encadrée », vente interdite aux mineurs, publicité restreinte, interdiction dans les lieux publics « pour l’exemplarité ». Le 31 mai, la ministre annonce vouloir appliquer ces mesures au grand dam d’une partie des tabacologues, qui dénoncent des liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.
2013 — L’année du boom français
2013 est l’année où la France bascule. Le nombre d’utilisateurs réguliers passe de 500 000 à un million, le nombre d’expérimentateurs double, et les boutiques spécialisées fleurissent dans les centres-villes : on en compte déjà plusieurs centaines à la mi-2013. Le chiffre d’affaires du secteur, de 40 millions d’euros en 2012, est attendu à 100 millions fin 2013, l’équivalent du marché des substituts nicotiniques. Un écosystème entrepreneurial entièrement nouveau, indépendant du tabac et de la pharmacie, vient de naître.
2013 — Usagers et professionnels s’organisent : AIDUCE et future FIVAPE
Face aux menaces réglementaires naissantes, la vape française se structure. Côté consommateurs, l’AIDUCE (Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique), présidée par Brice Lepoutre, porte dès 2013 la voix des vapoteurs avec notamment une pétition de plus de 20 000 signatures déposée au Parlement européen. Côté professionnels, le CACE, déclaré en janvier 2013, deviendra la FIVAPE, syndicat interprofessionnel de la filière indépendante, aujourd’hui fort de plusieurs centaines d’entreprises adhérentes.
2013 — Sortie du premier numéro de e-cig magazine
En décembre 2013, le groupe de presse Oracom lance en kiosque le premier magazine français dédié à la cigarette électronique. Il sera disponible au grand public jusqu’au numéro 10, avant de devenir strictement professionnel pour se conformer au cadre de la TPD 2.
13-15 mars 2014 — Le premier Vapexpo ouvre ses portes à Bordeaux
Au Hangar 14, sur les quais de Bordeaux, se tient le premier salon international entièrement dédié à la cigarette électronique, à l’initiative de Patrick Bédué : deux journées professionnelles, une journée grand public, des conférences avec le Dr Farsalinos, Jean-François Etter ou Jacques Le Houezec, et 3 780 visiteurs pour cette édition fondatrice. Une initiative française qui deviendra la grand-messe du secteur, dupliquée à Paris dès septembre 2014, puis exportée jusqu’à Madrid et Las Vegas.
18 mars 2014 — Loi Hamon : la vente aux mineurs interdite en France
Publiée au Journal officiel le 18 mars 2014, la loi relative à la consommation, dite loi Hamon, contient dans son article 36 la première mesure législative française spécifique à la vape : l’interdiction de vente des cigarettes électroniques et de leurs dérivés aux mineurs. Une circulaire du 25 septembre 2014 viendra ensuite encadrer la publicité. Ces deux textes resteront longtemps les seuls garde-fous réglementaires français, avant la transposition de la directive européenne en 2016.
3 avril 2014 — L’Europe adopte la TPD et son article 20
Après un vote du Parlement européen le 26 février 2014, la directive 2014/40/UE sur les produits du tabac, dite TPD, est adoptée le 3 avril 2014. Son article 20, entièrement consacré à la cigarette électronique, fixe le cadre qui régit encore le marché européen : nicotine plafonnée à 20 mg/ml, flacons de recharge limités à 10 ml, réservoirs à 2 ml, notification préalable des produits, avertissements sanitaires et interdiction de la plupart des publicités. Les États membres ont jusqu’au 20 mai 2016 pour la transposer.
Mai 2014 — Sortie du premier numéro de PGVG Magazine
En mai 2014, l’équipe à l’origine de VapingPost lance également son magazine de vape à destination des professionnels, PGVG Magazine.
2015 — La France invente la première norme vape au monde
Sous l’égide de l’AFNOR, et avec la participation active de la filière (FIVAPE en tête) et des associations d’usagers, la France publie en 2015 la norme expérimentale XP D90-300, première norme volontaire au monde consacrée aux cigarettes électroniques et aux e-liquides. Son volet e-liquides (XP D90-300-2) édicte les caractéristiques essentielles d’un produit fiable et de qualité, et donnera naissance à une certification. Ces travaux pionniers, engagés dès 2014, serviront ensuite de base aux normes européennes et placeront le savoir-faire français en référence mondiale.
1er juin 2015 — Juul débarque et change la donne américaine
Le 1er juin 2015, Pax Labs lance à New York la Juul, conçue par Adam Bowen et James Monsees, deux diplômés en design de Stanford. Format clé USB, pods scellés et surtout un e-liquide aux sels de nicotine breveté, dosé jusqu’à 5 %, qui reproduit le pic nicotinique de la cigarette. Le succès est fulgurant : la marque, filialisée en 2017, atteindra plus de 70 % du marché américain en 2018, avant que son adoption massive par les adolescents ne déclenche une crise politique et sanitaire majeure aux États-Unis.
19 août 2015 — Public Health England et le fameux « 95 % moins nocif »
L’agence de santé publique anglaise publie une revue de preuves indépendante, dirigée par les Prs Ann McNeill et Peter Hajek, qui conclut que la vape est « environ 95 % moins nocive que le tabac » et pourrait aider les fumeurs à arrêter. Le chiffre fait le tour du monde et devient l’argument central de la réduction des risques — tout en étant contesté, notamment par The Lancet, pour la fragilité de l’étude d’origine. Il fonde la position britannique pro-vape, unique au monde, maintenue depuis par le NHS.
L’âge réglementaire
22 février 2016 — Le HCSP reconnaît la vape comme outil d’aide au sevrage
Tournant doctrinal en France : dans son avis du 22 février 2016, le Haut Conseil de la santé publique estime que la cigarette électronique « peut être considérée comme un outil d’aide au sevrage tabagique » pour les fumeurs désireux d’arrêter, et qu’elle « constitue un outil de réduction des risques du tabagisme ». Cinq ans après la mise en garde de l’Afssaps, la position officielle s’inverse… avant un nouveau revirement du même HCSP en 2021-2022, illustrant les oscillations françaises sur le sujet.
19-20 mai 2016 — La TPD entre en application, la France transpose
Le 20 mai 2016, la directive 2014/40/UE devient applicable dans toute l’Union. La veille, la France l’a transposée par l’ordonnance n° 2016-623 du 19 mai 2016. Pour la filière, c’est un big bang : flacons nicotinés limités à 10 ml, taux plafonné à 20 mg/ml, notification obligatoire à l’ANSES six mois avant mise sur le marché, encadrement strict de l’étiquetage et de la publicité, interdiction de vapoter dans certains lieux. Le marché européen de la vape entre dans l’ère de la conformité réglementaire.
8 août 2016 — La deeming rule place la vape sous tutelle de la FDA
Aux États-Unis, la règle finale publiée le 10 mai 2016 entre en vigueur le 8 août : la FDA « répute » les cigarettes électroniques, e-liquides et composants comme produits du tabac au sens de la loi. Conséquence majeure : tout produit lancé après février 2007, c’est-à-dire la quasi-totalité du marché, devra obtenir une autorisation préalable de mise sur le marché (PMTA), procédure lourde et coûteuse qui provoquera une hécatombe parmi les fabricants indépendants américains et des millions de refus.
Septembre 2017 — e-cig magazine s’internationalise
Fin 2017, e-cig magazine est publié à la fois en français et en anglais. Cette nouvelle version est disponible une semaine après la version francophone sera rapidement tiré à plus de 10000 exemplaires et envoyé dans plus de 40 pays.
2018 — L’Amérique déclare son « épidémie » Juul
Le vapotage adolescent explose aux États-Unis, porté par le « juuling ». Scott Gottlieb, commissaire de la FDA, parle d’une « épidémie de vapotage chez les jeunes » et d’une « tragédie de santé publique », menaçant d’interdire les e-liquides aromatisés. Coup de théâtre le 20 décembre 2018 : le cigarettier Altria (ex-Philip Morris Companies) investit 12,8 milliards de dollars pour 35 % de Juul, valorisant la start-up à 38 milliards. L’alliance avec Big Tobacco scelle la disgrâce de la marque et durcit le climat mondial autour de la vape.
26 juin 2019 — 700 000 fumeurs français sevrés grâce à la vape
Santé publique France publie les résultats de son Baromètre 2017 : environ 700 000 ex-fumeurs quotidiens estiment que le vapotage les a aidés à arrêter de fumer depuis l’arrivée de l’e-cigarette sur le marché français. L’agence recense 2,5 millions de vapoteurs adultes, quasi tous fumeurs ou ex-fumeurs, et note que les « vapofumeurs » consomment en moyenne dix cigarettes de moins par jour. Un chiffre officiel devenu l’argument massue de la filière, que l’agence elle-même réévaluera ensuite jusqu’à plus d’un million.
Août 2019 — Sortie du premier numéro papier de Oneshot Magazine
Née en 2015 sous la forme d’un live YouTube consacré à la vape, OneShot TV, l’équipe de Oneshot Media passe au
papier en août 2019 avec le premier numéro de Oneshot Magazine.
Été 2019 – février 2020 — La crise EVALI ébranle la vape mondiale
Une vague de pneumopathies graves frappe les États-Unis : 2 807 hospitalisations et 68 décès au bilan final du CDC (février 2020). Baptisée EVALI, la crise est d’abord imputée à « la cigarette électronique » en général, provoquant une panique mondiale et un effondrement durable de la confiance. L’enquête du CDC établira pourtant que l’acétate de vitamine E, un diluant utilisé dans des cartouches de THC du marché noir, est « fortement lié » à l’épidémie. Le mal médiatique, lui, était fait et perdure encore aujourd’hui dans une frange de l’opinion.
Les temps modernes
2021 — e-cig mag présente le Who’s Vape
Le Who’s Vape est le premier annuaire des pros de la vape. Un seul recueil pour avoir accès à tous les noms qui comptent dans la vape. D’abord proposé dans une version papier, celui-ci est désormais entièrement numérique et reste l’annuaire de référence des grands noms de la vape française et internationale.
Septembre 2021 — Les puffs déferlent sur la France
Après un premier succès aux États-Unis, les cigarettes électroniques jetables aromatisées, dites « puffs », arrivent sur le marché français en septembre 2021. Design coloré, goûts sucrés (fraise, barbe à papa, cookie), prix d’appel et distribution massive (buralistes, supermarchés, bars, Internet) en font un phénomène de consommation, notamment chez les adolescents malgré l’interdiction de vente aux mineurs. Selon l’Alliance contre le tabac, 15 % des adolescents avaient déjà essayé une puff en 2024. Le produit divise la filière et relance la machine législative.
Juin 2022 — La FDA ordonne le retrait de Juul du marché américain
Épilogue de la saga : en 2022, la FDA rejette les demandes d’autorisation (PMTA) de Juul et ordonne le retrait de ses produits du marché américain, estimant les preuves fournies insuffisantes. La marque, qui a déjà versé des centaines de millions de dollars pour solder les poursuites d’une trentaine d’États liées à son marketing envers les jeunes, obtient la suspension de la décision en justice et poursuit son activité. Elle ne sera formellement réautorisée par la FDA qu’en juillet 2025 — l’une des volte-face les plus spectaculaires du régulateur américain.
24 février 2025 — La France interdit les puffs
La loi n° 2025-175 du 24 février 2025, texte transpartisan porté par 166 députés de huit groupes, interdit la vente, la distribution et l’offre gratuite des dispositifs de vapotage à usage unique, avec application dès le 26 février. Sanction : jusqu’à 100 000 euros d’amende, 200 000 en cas de récidive. Motifs invoqués : la protection des mineurs et l’impact environnemental de produits jetables au lithium quasi impossibles à recycler. Après la Belgique, la France devient le deuxième pays de l’UE à bannir les jetables.
1er juin 2025 — Le Royaume-Uni bannit à son tour les jetables
Trois mois après la France, le Royaume-Uni interdit la vente et la fourniture des vapes à usage unique, avec ou sans nicotine, sur tout son territoire. Le gouvernement invoque les près de cinq millions de jetables abandonnés ou jetés chaque semaine en 2024 et la progression du vapotage adolescent. Pour rester légal, un produit doit être rechargeable, remplissable et à résistance remplaçable. Fait notable : le pays le plus pro-vape du monde, où la vape reste un outil officiel de sevrage du NHS, choisit lui aussi la voie de l’interdiction ciblée.
Octobre 2025 – 20 janvier 2026 — La bataille de l’article 23 : la filière sauve sa peau
Présenté le 14 octobre 2025 dans le projet de loi de finances 2026, l’article 23 menace d’exécution la vape indépendante : taxe sur les e-liquides, interdiction de la vente en ligne et mise sous tutelle douanière des boutiques, sur le modèle des buralistes. La riposte est historique : pétition à près de 250 000 signatures, manifestations en région les 4 et 5 novembre, opération « Ne tuez pas la vape ! », rassemblement national à Paris le 9 décembre. Les députés suppriment l’article dans la nuit du 19 au 20 novembre, le Sénat le vide de sa substance, et le gouvernement Lecornu le retire définitivement du texte adopté par 49.3 le 20 janvier 2026. Une victoire fondatrice pour la filière et la démonstration de sa capacité de mobilisation.
2025-2026 — Outre-Manche, le marché noir prospère
Un an après le ban britannique, le bilan est ambivalent. L’usage déclaré des jetables chute fortement chez les jeunes vapoteurs, mais l’offre illégale explose : plus de 1,3 million de produits de vapotage illicites saisis par les collectivités britanniques en 2025, des enquêtes montrant qu’une large part des utilisateurs de jetables s’approvisionne désormais au marché noir, et 6,3 millions de vapes et pods encore jetés chaque semaine. Une étude de cas grandeur nature, scrutée dans toute l’Europe, sur les effets pervers des interdictions sèches.
14 juin 2026 — L’OMS réclame l’interdiction mondiale des arômes
L’Organisation mondiale de la Santé publie une recommandation formelle appelant tous les États membres à interdire les arômes dans l’ensemble des produits contenant du tabac ou de la nicotine… Vape comprise. Non contraignante, la recommandation constitue néanmoins un signal politique majeur, alors que douze États membres de l’UE réclament déjà un encadrement renforcé des arômes et que Bruxelles prépare la révision de la TPD. Pour la filière indépendante, dont les gammes aromatisées représentent l’essentiel des ventes, la menace est existentielle.
2026 — L’Europe prépare la TPD 3 : la prochaine bataille
Vingt ans après l’arrivée de la vape en Europe, tout se rejoue : douze États membres demandent officiellement l’interdiction des arômes, le paquet neutre pour la vape et l’encadrement des ventes transfrontalières dans la future révision de la directive sur les produits du tabac. En parallèle, la Commission pousse une directive fiscale instaurant une taxe européenne sur les e-liquides, débattue au Conseil ECOFIN, pour une entrée en vigueur espérée d’ici 2028. L’issue de ces négociations déterminera le visage du vapotage européen pour la décennie à venir… et conclut provisoirement cette frise.



